Restauration d'une relique de la seconde guerre - Druckzunder 35 A

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Bonjour à tous.

Cette semaine, j’ai décidé de vous faire profiter d’une restauration que je viens de réaliser.
Il s’agit de restaurer une vieille fusée pour mine antichar allemande datant de la seconde guerre mondiale. J’ai nommé la Druckzünder 35 modèle A. C’est un cadeau pour un passionné de la seconde guerre mondiale.
(Pour ceux qui l’ignorent, une fusée est un dispositif pyrotechnique permettant la mise en flamme sous certaines conditions d’un autre dispositif pyrotechnique.)

Il existe malheureusement de moins de moins de ces objets encore en état de marche, principalement par manque d’intérêt de la plupart des collectionneurs d’objets historiques vis à vis de ces mécanismes. Ces objets sont pourtant des témoins du plus grand conflit de l’histoire de l’humanité. Il est important de les conserver pour les générations qui nous suivront.

Avant de commencer trois petites remarques d’usage :
1 – “Munition ou engin inconnu, touche à ton c**”, on ne s’improvise pas démineur.
2 – Comme vous le verrez sur les photos, le filetage de culot de mon exemplaire est complètement détruit. Elle ne peut donc plus servir qu’à la décoration ou la collection.
3 – Certains engins ou fusées étaient piégés (systèmes anti-dévissage entre autre) pour cibler spécifiquement les démineurs, sans compter l’instabilité de certains explosifs quand ils vieillissent (picrates + métaux en particulier…). Si c’est toujours actif ou si on a le moindre doute, se référer à la règle 1.
3bis – On peut avoir une fusée qui a une charge d’amorçage suffisante pour vous arracher les doigts, c’est le cas de nombreux modèles de fusées françaises. Prudence donc.

Ici on a une fusée de mine antichar, c’est la portion, vissée en dernier sur la mine, qui génère une étincelle quand un corps appuie dessus.

Ci-dessous une vue en coupe de la fusée DZ 35 A:

Le mécanisme de cet engin est simple, fiable et ingénieux. Voici une illustration en couleur de meilleure qualité provenant d’un manuel russe, qui me permettra de vous expliquer un peu tout ça :

Pour utiliser ce modèle de fusée, on commence par dévisser le bouchon protecteur d’amorce en 1, puis on visse la fusée sur le dispositif, enfin on retire la goupille de sureté en 8.

Lorsqu’un véhicule allié passe dessus, il appuie sur la partie supérieure plate de la fusée en 10. Celle-ci fait couler dans la fusée la partie 7 en comprimant le ressort 5. Quand la partie 7 est suffisamment descendue, les petites billes en 6 peuvent s’échapper dans la cavité de la partie 4, ce qui libère le percuteur en 15.

Celui-ci est alors violemment projeté par le ressort 14 vers l’amorce sensible au choc en 16.
L’amorce éclate et génère une étincelle qui fera détonner la mine.

Ci-dessous une illustration une fois le mécanisme activé :

C’est en parcourant une brocante que je suis tombé sur cet exemplaire de DZ 35 A :

L’extérieur a l’air en bon état, mis à par la goupille de sureté qui est complètement tordue… La réalité était bien plus triste. Complètement grippée, et littéralement pleine de rouille à l“intérieur, impossible à démonter. Bref, compliqué…

Je m’excuse par avance du peu de photos, je n’ai pas pensé à en faire durant une grande partie de la restauration.

Quand on veux démonter ce type de fusée, la première chose à faire est de démonter le plateau (en numéro 10 sur le schéma couleur). Il est vissé sur la partie 7 à la façon d’un écrou.
Évidemment, pas possible à dévisser à la main, malgré toute la force qu’on peut y mettre…

J’attaque alors avec la technique classique. On asperge tout l’objet avec du WD40, en insistant sur les jointures, par dessus et par dessous quand c’est possible… Et on laisse reposer toute la journée et toute la nuit.

Le lendemain, frais et d’attaque, il est temps d’essayer de réessayer de dévisser le plateau… Qui ne veux toujours pas venir…

Cette fois, je sors un étau, tiens la fusée dedans (avec un t-shirt enroulé autour pour ne pas la marquer), et je tente de dévisser le plateau à la pince… sans succès. Pas 1mm ne bouge. Je décide d’arrêter, de peur de casser le pas de vis, voire le haut de la fusée.

Il est temps d’utiliser les grands moyens. Je sors la lampe à souder, et j’échauffe au rouge le plateau. Ensuite je verse de l’eau froide dessus pour le rétracter rapidement. Cette étape à pour objectif de faire claquer l’oxyde qui se trouve dans le pas de vis.

Une fois refroidi (bah oui, attention au point d’éclair de l’huile ! vous n’êtes pas, bien sur, idiots au point de mettre de la wd40 sur une pièce au rouge…), je remets du WD40 et je laisse réagir toute la nuit.

Le lendemain, je recommence, étau, pince, et là… Miracle ! En forçant un petit peu, le plateau vient.

Ensuite il est temps de retirer la goupille.. Qui était visiblement trop tordue pour être sortie sans la casser. Je fais donc le choix de la couper, je mets la fusée à l’horizontale dans l’étau, et j’éjecte ce qui reste de la goupille au chasse-goupille.

Tout va bien.

Ensuite démontage du culot. RAS, il faut forcer un peu et ça se fait…
L’intérieur est une catastrophe, un tas de rouille.

Je parviens à éjecter la partie 7 en tapant par dessus au marteau. Le mécanisme et sa gangue de rouille sortent.

Je tape les pièces pour retirer le gros de la rouille. Ensuite j’utilise un chasse goupille pour reculer la partie 7 et séparer ce portion du ressort 5 et de la partie 4.

Pour terminer le démontage, il faut sortir le percuteur… Et les billes qui le bloquent, ces dernières sont enchâssées dans une gangue de rouille, et ne peuvent pas être extraites manuellement.

Pour les retirer, j’ai utilisé un aimant au néodyme très puissant : les billes restent collées à l’aimant, il suffit de tirer fortement l’aimant pour arracher ces billes à leur gangue de rouille.

Ensuite, en jouant avec des chasses-goupille et le percuteur, je suis parvenu à dégripper le ressort de percuteur, qui a sorti de lui-même le percuteur de son logement. C’est démonté, ouf !

Une fois démonté, pas de surprise, électrolyse, puis toile émeri, du plus gros grain vers le plus fin.

Une fois l’oxyde parti, on remarque un gros trou dans le corps de la fusée…

Il va falloir reboucher ce trou. Pour ce faire, on nettoie bien le trou, on mets du flux dedans, et on utilise la lampe à souder pour y déposer de l’étain en fusion. Ensuite, on ponce pour ne plus voir l’ajout de métal.

Quand c’est bien propre, on graisse, et on remonte.

Puis on teste que le mécanisme fonctionne.
On mets la fusée dans un étau, et on monte dessus sur un pied, et… clac, voilà, ça fonctionne de nouveau, après 80 ans !!! =)

Voici le résultat final, un bel objet de déco pour collectionneur militaria :

REMARQUES :

  • Cette fusée était plaquée avec ce qui semble être du cuivre. On a perdu le plaquage durant le processus de restauration.
    On pourrait au besoin plaquer de nouveau le corps en aluminium.
  • Il y avait un joint pour assurer l’étanchéité entre la partie 7 et le corps de la fusée en 3. On peut remplacer ce joint avec un joint de plomberie classique.

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